Des stratégies de gouvernance persistantes, voire plus rigoureuses, déréglementées et tributaires du marché caractérisent la décennie qui a suivi la crise financière mondiale de 2008. En dépit de l’instabilité et des inégalités qu’elles ont produites, ces stratégies dépendantes du marché demeurent aussi pernicieuses que jamais pour ce qui est de l’érosion de l’intérêt public et des capacités publiques. Alors que les idées autoritaires et populistes de droite ont suscité beaucoup d’attention dans les médias, les mouvements de gauche et les partis progressistes ont aussi proposé des modèles alternatifs de développement social et économique. Des courants politiques et intellectuels en Europe et aux États-Unis remettent en question, en théorie comme en pratique, l’érosion des capacités du secteur public et le pouvoir discrétionnaire démocratique sur les marchés et les autres processus de la société civile. Ces mouvements sont variés, mais ils ont en commun l’idée que, pour surmonter la fragmentation sociale et politique, il faut rebâtir l’intérêt public. Cette nouvelle redécouverte de l’intérêt public dépasse largement les travaux des chercheurs canadiens et la participation au dialogue national/transnational connexe.
L’atelier « Rebâtir l’intérêt public » vise donc :
Le Canada et la Chine ont longtemps entretenu des relations amicales. Le médecin canadien Norman Bethune est porté aux nues en Chine pour son travail auprès des forces communistes contre l'occupation japonaise. Le Canada a établi des relations diplomatiques avec la Chine en 1970. La Chine est actuellement le deuxième partenaire commercial du Canada. Toutefois, au cours des dernières années, les relations entre le Canada et la Chine ont connu des moments difficiles. La décision du Canada d'arrêter Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei, pour se conformer à une demande d'extradition des États-Unis, est largement considérée ici au pays comme la raison ayant conduit la Chine à arrêter deux Canadiens – Michael Kovrig et Michael Spavor – en guise de représailles. La Chine a imposé des sanctions contre des produits canadiens. Au Parlement canadien, le Sous-comité des droits internationaux de la personne tient des audiences sur les relations du Canada avec la Chine, à la lumière de l'oppression qui sévit en Chine à l’égard de sa population ouïghoure minoritaire. Pendant ce temps, les États-Unis ont lancé contre la Chine une guerre commerciale qui s'est maintenant métamorphosée en une tentative américaine de saper le développement économique et technologique de la Chine. L'administration Trump exerce des pressions sur les alliés traditionnels des États-Unis partout dans le monde pour qu’ils mettent sur une liste noire Huawei et d'autres entreprises technologiques chinoises. Les intentions des Américains semblent être de trouver un moyen de contenir la Chine et d'empêcher son ascension en tant que puissance dominante dans le monde, prenant ainsi la place des États-Unis.
Pour l'avenir du système mondial, c’est un moment crucial. La tentative des États-Unis de bloquer l'ascension de la Chine n'est pas surprenante, mais c'est une manœuvre qui pourrait ne pas réussir et, même si elle réussit, elle ne manquera pas de créer beaucoup de tension et d’animosité au sein du système international dans les décennies à venir. Les mesures prises par les États-Unis contre la Chine risquent tout autant de diviser la communauté internationale, plaçant l'Asie, la région la plus dynamique sur le plan économique et la plus peuplée du monde, en conflit avec le monde occidental. Est-ce un conflit auquel le Canada souhaite se joindre? Compte tenu de l'évolution rapide du profil démographique du Canada, s'agit-il d'un conflit dans lequel le Canada pourrait s’engager sans créer des tensions internes importantes? L'objectif de cet atelier est d'examiner l'évolution des relations du Canada avec la Chine, notamment à la lumière des transformations observées au sein de la communauté internationale. Nous invitons les panélistes à réfléchir aux questions suivantes (sans pour autant s’y limiter) :
De récents événements survenus aux États-Unis et au Canada ont davantage mis en évidence les profondes inégalités présentes dans ces démocraties occidentales et ont été à la source de mouvements de résistance et de lutte. L'indignation mondiale suscitée, en particulier, par le meurtre de George Floyd à Minneapolis a jeté un nouvel éclairage sur des cas similaires de brutalité policière contre des Noirs et des Autochtones au Canada, soulevant ainsi un débat national non seulement sur la race et le maintien de l’ordre, mais aussi sur le racisme systémique dans un pays qui s'enorgueillit de son « multiculturalisme » et où de nombreuses personnes ont considéré la « race » comme un enjeu américain.
Les réponses des États à la pandémie de COVID-19 ont également mis en lumière deux faits : les Noirs, les Autochtones et d’autres minorités sont davantage surveillés non seulement par la police, mais aussi par les agents chargés de faire appliquer les règlements, et les villes ne sont pas des espaces pareillement sécuritaires et accessibles pour tous les résidents. En effet, ce sont dans les villes que de nombreuses femmes et jeunes filles autochtones sont disparues et ont été assassinées, un problème urgent qui n'a pas encore été traité en profondeur. De manière plus générale, les débats publics suscités par l'actualité ont mis en évidence des cas où des décisions de zonage et de planification ont supprimé, effacé, exclu ou ségrégué des communautés autochtones, noires et ou regroupant d’autres minorités dans des villes canadiennes.
Les municipalités sont souvent considérées comme des « créatures des provinces » et l'importance de leurs responsabilités en matière de législation et de services est minimisée dans l'État canadien à plusieurs niveaux. Cependant, comme les événements récents l'ont clairement démontré, le rôle des municipalités quant à l'élaboration et à l'application des lois, au maintien de l'ordre, à la planification, à la santé publique et aux loisirs, pour ne citer que ces domaines, a d'énormes répercussions sur l'équité raciale, la décolonisation et la réconciliation. Même lors d’initiatives apparemment aussi particulières que l’attribution d’un nom à une rue ou l'érection (ou l'entretien) de monuments dans des parcs en l'honneur des « fondateurs » de la ville, les municipalités jouent un rôle fondamental dans la perpétuation de la conception coloniale des villes et de l'histoire du Canada.
Les villes ne sont toutefois pas seulement des lieux d’oppression. Elles sont aussi des lieux de résistance et de résurgence. Le mouvement Black Lives Matter est un exemple éloquent de cette résistance, mais il y existe de nombreux autres mouvements de base dans les villes canadiennes. Par ailleurs, les relations de gouvernance au niveau communautaire, y compris le rôle que des organisations communautaires autochtones dans des villes comme Winnipeg ont commencé à jouer dans l’aide à l’établissement des immigrants, montrent la capacité d’agir des groupes locaux. De façon plus générale, les Autochtones revendiquent de l’espace et des terres dans les villes grâce, par exemple, au développement d’un plus large éventail d’organismes communautaires et à l’émergence de réserves urbaines, en particulier dans les villes des Prairies. Ces initiatives remettent en question la conception de l’espace politique autochtone comme étant « rural » et « dans les réserves », un discours qui efface la présence autochtone dans les villes et qui ne reconnaît pas que les villes sont implantées sur des terres autochtones.
Bien que la signification fondamentale de la « race » et du colonialisme toujours eu égard aux rapports de pouvoir dans les villes soit claire dans les événements récents, le domaine de la politique urbaine et de l’administration locale au Canada est mal équipé pour aborder ces sujets. Si certains progrès ont été réalisés dans l'intégration des points de vue du colonialisme et de la race dans l'étude des institutions et du pouvoir au Canada, il reste encore beaucoup de travail de réflexion à faire pour décoloniser et intégrer des perspectives antiracistes dans le domaine de la science politique canadienne. Ainsi, à l'instar des chercheurs dans le domaine de la politique canadienne en général, les chercheurs dans le domaine urbain doivent poser de nouvelles questions, élaborer ou explorer de nouvelles théories et employer de nouvelles méthodes pour expliquer et comprendre la politique urbaine. À cette fin, le domaine peut s'appuyer sur une abondante documentation au sujet de la nature coloniale de l'État canadien et sur une littérature de plus en plus critique sur la « race ». Pour les spécialistes de la « race », du « colonialisme » et de la politique autochtone, la ville offre un moyen d'examiner les relations de pouvoir au niveau communautaire en mettant à l’avant-plan les actions politiques de la base et les moyens utilisés par l'État pour opprimer et exclure, au niveau de la rue, des sujets dont on fait abstraction dans les travaux de science politique axés sur les élites politiques à d'autres paliers gouvernementaux.
Cet atelier vise à ouvrir un dialogue entre, d’une part, des spécialistes de la race, de l'ethnicité, des peuples autochtones et de la politique et, d’autre part, des spécialistes de la politique locale/urbaine, afin de comprendre comment le colonialisme et le racisme influencent le développement des villes. L'atelier débutera par un panel sur la façon dont la « race » et le « colonialisme » ont influencé (ou devraient influencer) l'étude de la politique au Canada. Suivra une série de panels sur la façon dont ces relations de pouvoir ont façonné les villes canadiennes. Nous espérons également attirer des chercheurs en politique comparée qui s'intéressent à ces relations de pouvoir dans les villes de par le monde et qui pourraient nous éclairer sur la manière de faire avancer ce programme de recherche au Canada.
Les organisateurs de l’atelier souhaitent recevoir des propositions portant sur les questions suivantes :
À la suite de cet atelier, nous avons l’intention de rassembler certaines des communications dans un volume qui sera soumis à McGill-University Press et fera partie, nous l’espérons, de la Studies on Urban Governance Series dont la publication est codirigée (avec Martin Horal) par Kristin Good, membre du comité organisateur de cet atelier.
Cet atelier réunira des chercheurs qui discuteront des façons de libérer la théorie politique et, de manière plus générale, la science politique de ses présomptions coloniales, racialisées, sexospécifiques, hétéronormatives et capacitistes, autant de présomptions solidement implantées.
Nous commençons par la reconnaissance de ce que Donna Haraway appelle le « god trick » – la force d’animation partout présente dans notre discipline (Haraway, 1988 : 581-582). Cette astuce présente les cadres, approches, littératures et enjeux dominants de notre discipline comme objectifs et indéniablement supérieurs ou importants, masquant ainsi les relations de pouvoir inhérentes qui ont hissé ce positionnement particulier (souvent blanc, européen, masculin, hétérosexuel et apte de corps et d’esprit) au rang de neutre et d'universel. Nous mettons plutôt l'accent sur l’importance de contextualiser nos connaissances (par ex., Alcoff 1988; Code 1993; Hartsock 1983; Hill-Collins 1989; hooks, 1984). La recherche, la rédaction, la formulation de théories et l'enseignement/le mentorat au sein de notre discipline sont des processus relationnels incarnés qui s’appuient sur des expériences vécues et des réflexions. La façon dont nous formulons des théories, la façon dont nous amenons les étudiants à formuler des théories, les personnes que nous reconnaissons et apprécions en tant que théoriciens et les thèmes que nous abordons dans nos théories doivent mieux refléter la grande diversité de qui nous sommes, de ce que nous vivons et de ce qui est important pour nous
Nous espérons que les participants à l'atelier se pencheront sur les conséquences de l'adoption du « god trick » de Haraway. De manière plus constructive, nous espérons que les participants contribueront à une théorie politique explicitement anti-oppressive, qui s'oppose fermement à la reproduction consciente et inconsciente du statu quo. Nous nous attendons à ce que cela implique des discussions critiques, en particulier avec des Noir.e.s, des Autochtones et des personnes de couleur (NAPC) ainsi qu’avec des collègues et des étudiant.e.s queer, non-binaires et ayant des capacités différentes, sur tous les aspects de notre travail eu égard à la théorie politique.
Notre atelier portera sur trois domaines : la recherche, l’enseignement et les tâches administratives. Notre objectif est de cerner les défis liés au décentrement des privilèges dans la théorie politique ainsi que les stratégies à mettre en place pour y arriver.
Nos recherches sont, à bien des égards, structurées ou conditionnées par des traditions qui ont, souvent à dessein, privilégié certaines voix et expériences, mais en ont exclu, marginalisé et opprimé d'autres. Comme l'écrit Charles Mills : « White supremacy is the unnamed political system that has made the modern world what it is today » (La suprématie blanche est le système politique sans nom qui a fait du monde moderne ce qu'il est aujourd'hui) (1997,1). Le rôle omniprésent de ce système dans la compréhension et l'articulation de la vie sociale et des idéaux politiques est souvent voilé, tout comme le sont les rôles des systèmes patriarcaux, hétéronormatifs et capacitistes.
Les questions clés que nous espérons aborder sont les suivantes :
Comme le fait remarquer Ricky Lee Allen, dans les établissements d’enseignement, de la maternelle au doctorat, la blancheur de la peau est omniprésente et constitutive (« educational institutions, from kindergartens to doctoral programs, whiteness is pervasive and constitutive » (Allen. 2004 : 131). On peut dire la même chose de la masculinité, de l'hétéronormativité et du capacitisme.
Les administrations centrales et supérieures au sein des universités – les leaders d'opinion – sont en très grande majorité blanches (Johnson et Howsam, 2020; Smith, 2016, 2017, 2018, 2019; Tate et Page, 2018). Inversement, il est bien documenté que les femmes de couleur sont souvent surchargées de tâches administratives moins visibles et moins valorisées.
En somme, de par cet atelier, nous cherchons à mettre au centre des Noir.e.s, des Autochtones et des personnes de couleur (NAPC) ainsi que des collègues et des étudiant.e.s queer, non-binaires et ayant des capacités différentes et à poursuivre, dans le domaine de la théorie politique, le travail de démantèlement de la suprématie blanche et des privilèges associés au fait d’être un homme, hétérosexuel et physiquement apte.
Cet atelier explore l'impact de la pandémie de COVID-19 sur les pratiques et les recherches dans le domaine de la politique au Canada. Il comprend trois parties :
La pandémie mondiale causée par la COVID-19 est une crise sans précédent. Partout sur la planète, des millions de personnes ont perdu leur emploi et plusieurs autres ont dû s'adapter rapidement à un nouvel environnement de travail. En outre, les garderies et les écoles ont été fermées, obligeant les parents à jongler avec leurs responsabilités professionnelles et familiales comme jamais auparavant. Les citoyens, les gouvernements et les marchés ont eu du mal à faire face aux répercussions économiques, sanitaires et sociales de la pandémie. Les systèmes de santé étaient surchargés et mal équipés pour réagir en temps opportun; ils ont été souvent incapables de répondre aux besoins des personnes vulnérables, comme celles qui vivent dans des établissements de soins de longue durée.
Cette crise a mis en évidence et exacerbé les inégalités structurelles et sociétales existantes ainsi que le racisme systémique. Dans de nombreux cas, elle a également mis en lumière à quel point les États étaient mal équipés pour faire face à une pandémie. Cette crise offre une occasion exceptionnelle de réfléchir au fonctionnement actuel de nos sociétés et au rôle de l'État dans celles-ci.
Pour cet atelier, nous sommes en quête de propositions qui explorent l'impact et la gestion de la pandémie de COVID-19 afin de nous aider à comprendre les réponses des gouvernements et de la société, les leçons apprises et les possibilités de changement.
Nous espérons réunir un éventail de points de vue et de méthodologies et nous encourageons ceux et celles qui prennent en compte le genre, l'indigénéité, la race et la diversité à traiter de certains des sujets suivants, sans toutefois s'y limiter :